Nuits d’octobre – partie 2

Hey, bonjour à tous et meilleurs voeux pour 2017 ! Je vous souhaite de chouettes moments d’écriture et de lecture et tout plein d’autres gourmandises 🙂

Mais qui dit nouvelle année, dit aussi bonnes résolutions. Parmi la tonne de celles que je m’impose pour 2017 figurent en bonne place : lire plus, écrire plus, bloguer plus et… finir ce que j’ai commencé. C’est ainsi donc que je vous livre enfin la suite du feuilleton commencé en octobre pour l’agenda ironique sur le thème de la nuit (oui, mieux vaut tard que jamais !). Si vous avez raté la première partie, c’est ici (et ce feuilleton fait lui même suite au feuilleton de septembre, « Mission Chaperon », sur le thème du Chaperon rouge et du loup : parties 1, 2 et 3). Il sera composé d’une troisième et dernière partie que j’espère vous livrer début février.

Comme je ne sais pas encore exactement où je vais avec cette histoire, vos éventuelles suggestions les plus créatives et farfelues sont les bienvenues dans les commentaires 🙂

***

La gamine au chaperon rouge a fini par se calmer. Arrivée la veille – comme eux tous, sur l’épaule du vieillard à la force surhumaine – elle n’a eu de cesse de hurler et gesticuler. Mais depuis que la nuit est de nouveau tombée et la fatigue avec elle, la jeune fille reste plongée dans un profond mutisme.

Maelys la détaille à la lumière de la bougie de nouveau allumée : des cheveux blonds en pagaille, une mine renfrognée et des petites canines en avant. Elle a l’air d’être la plus jeune. Maelys meurt d’envie de lui demander ce qu’elle fait habillée en Chaperon rouge de nuit dans la forêt, mais elle respecte son silence. Ignorant la nouvelle venue et sa tête de cochon, ainsi que ses camarades qui discutent, elle décide de reprendre son exploration de la veille, interrompue par le retour du vieillard.

Par où commencer ? Elle s’approche à nouveau du bureau, pour tenter de lire les nombreux papiers qui en jonchent la surface. Elle ne parvient pas à déchiffrer tous les mots : l’écriture du vieil homme ressemble à des pattes de mouche. Mais à première vue, certaines feuilles ressemblent à des recettes, avec des listes d’ingrédients. Avec peine, elle distingue sur l’une d’elles : racines de valériane, asphodèle, œuf de faucon, plantule de radis noir, fétuque, gingembre, griffe de chat macérée dans un encrier, pigment rouge de cadmium, plume de dodo paresseux, corne de licorne en poudre, cheveu de demoiselle, pince d’écrevisse, crin de cheval, coquelicot séché, bouillon d’agaric, pignons de pin, bière de Louvain-la-Neuve, basilic poivré.

Elle doit relire plusieurs fois : elle n’en croit pas ses yeux. Cela ressemble à une infâme recette de potion de sorcière. Tandis qu’elle fait part de sa découverte à ses compagnons de fortune, elle remarque que la petite nouvelle semble soudain intéressée mais ne desserre toujours pas les dents. Les garçons paraissent dubitatifs.

– Où tu vois ta liste d’ingrédients ? Moi je ne déchiffre rien du tout, grommèle Sylvain.

La blondinette silencieuse se lève et s’approche. Elle lui arrache le papier des mains et le penche à la lumière de la bougie posée sur le chandelier du bureau. Ses yeux s’arrêtent sur « cheveu de demoiselle ». Tandis qu’elle relève la tête, elle voit le regard des ados braqués sur elle. Enfin, elle prononce :

– Aujourd’hui, il m’a arraché une poignée de cheveux.

Jordan fronce les sourcils, l’air de ne pas comprendre. Elle lui désigne d’un doigt une ligne de la feuille.

– C’est écrit là, dans la liste : « cheveu de demoiselle ».

Tous en restent interdits. Ils se remémorent leur premier jour dans cet enfer. Chacun, à son arrivée dans la vieille bicoque, a eu le droit à un traitement des plus étranges.

Sylvain et Jordan, les premiers kidnappés lors d’une partie d’airsoft en forêt, ont été sidérés lorsqu’une fois enfermés dans la vieille maison, le vieux leur a intimé, d’une voix sans appel, d’écrire. Devant eux : deux plumes, deux parchemins. Ils ont regardé le vieillard sans comprendre. Écrire, c’était la seule consigne. Mais écrire quoi ? Et pour quoi faire ? Devant les timides questions des deux garnements peu friands de rédactions – avec une vieille plume qui plus est – la barbe du vieux a tremblé de colère puis son ordre a claqué dans l’air, comme un coup de fouet : « Écrivez ! ». Les deux jeunes se sont exécutés et ont écrit, écrit, écrit tout ce qui leur passait par la tête, jusqu’à ce que papier et encre viennent à leur manquer.

Puis est arrivé Lucas, à qui il a simplement fait la plus curieuse des demandes : « Raconte-moi ta naissance ». Stupéfait, l’adolescent était resté sans voix. Qui se serait souvenu de la première minute de sa vie ? Face à son silence apeuré, le vieux s’est une fois de plus mis en colère et sans plus de cérémonie, l’a enfermé avec les deux autres dans la petite pièce.

Quant à Maelys, elle s’est évanouie au moment où, tête à l’envers sur le dos de son ravisseur, elle a croisé sur le pas de la porte le regard du loup. À son réveil près des autres, elle a remarqué, passé l’instant de panique, que tous ses ongles avaient été coupés à ras.

La petite nouvelle, apparemment, a quant à elle eu droit à un arrachage de cheveux.

– Je ne comprends pas du tout ce que ce vieux fou a derrière la tête, dit Lucas, effrayé.

– Continuons à chercher et nous le découvrirons peut-être, propose celle qu’ils surnomment Dora.

Elle reprend ses fouilles de la veille et exhume des tiroirs du bureau des livres, une montre à gousset qui ne fonctionne plus, un chapeau en feutre, des fioles contenant des fils dorés, un scarabée séché, une loupe et une chaîne d’argent au bout de laquelle pend une pierre bleue, lisse comme de la corne. Elle remarque qu’un tiroir demeure fermé.

La fille au chaperon se met à chercher aussi, effleurant des doigts les objets poussiéreux qui traînent çà et là. Elle s’accroupit pour regarder sous les meubles. Là, sous la bibliothèque, il lui semble apercevoir quelque chose. Elle tend la main en grimaçant, la plongeant sous le meuble où règnent moutons de poussière et araignées. Trop court. Le Chaperon tourne la tête et hèle le plus grand des garçons, Sylvain.

– Pssst ! Hey, toi, viens m’aider. Y a un truc là-dessous.

Le grand brun plonge à son tour le bras sous le vieux meuble et en sort une boîte en bois foncé, avec les coins dorés. La blondinette la lui prend des mains et tente de l’ouvrir, mais le couvercle ne bouge pas d’un iota. L’observant de près, elle ne trouve pourtant aucune serrure, aucun mécanisme. Les autres ados s’approchent, intrigués par la découverte de l’objet.

– Je peux ? demande Jordan.

Travaillant dans la mécanique et bricoleur à ses heures perdues, il a des raisons de penser que peu d’objets peuvent lui résister. Il commence par secouer la boîte. Un cliquetis se fait entendre.

– Il y a quelque chose dedans.

Mais il a beau essayer de forcer le petit coffre en insérant un coupe-papier dans la fente du couvercle, il reste obstinément clos. Le jeune mécanicien s’avoue vaincu et passe la main à son voisin, Lucas, qui a l’air plus inspiré. Loin des démonstrations de force de Jordan, il opte pour observer l’objet sous toutes ses coutures. D’un revers de manche, il le débarrasse de son épaisse couche de poussière. Au dos de la boîte, ses doigts rencontrent quelque chose. Des lettres y sont gravées. Maelys approche le chandelier et tous lisent d’une seule voix les mots qui s’y détachent en lettres d’or : « Compte qui peut le temps perdu ».

– Qu’est-ce que ça veut dire ?

Lucas hausse les épaules et continue son inspection.

– Il y a quelque chose qui cloche avec le fond de la boîte. Je vois une rainure. Ça doit s’ouvrir par là.

Sylvain la lui prend des mains et, d’une main experte, tente d’en faire pivoter le fond. Rien ne se passe. Il exerce alors une pression sur cette partie qui, difficilement, bouge. Il pousse alors complètement la partie inférieure de la boîte, qui ressort de l’autre côté. Il apparaît maintenant que le coffre dispose d’une façade amovible qu’il ne reste plus qu’à retirer, ce qu’il fait devant les regards médusés de ses camarades. La façade révèle alors une petite serrure à code dorée.

– Comment tu as fait ça ? s’étonne le petit Chaperon rouge.

Sylvain esquisse un demi-sourire de fierté.

– Ma grand-mère avait une boîte au mécanisme similaire, qu’elle cachait sous son lit et qui contenait ses économies. Comme j’aimais jouer les agents secrets quand j’étais petit, j’étais fasciné quand elle l’ouvrait devant moi. Elle m’avait laissé jouer avec.

– Maintenant, il ne reste plus qu’à trouver le code… souffle Jordan.

– Ça a peut-être rapport avec la phrase gravée, dit Maelys, en répétant : «  Compte qui peut le temps perdu ».

– J’ai toujours été nul pour résoudre les énigmes, prévient Sylvain.

– Et pourquoi le vieux aurait-il laissé un indice sur la boîte pour en trouver le code ? C’est absurde, dit Lucas.

– Vu son âge, il a peut-être des problèmes de mémoire, suppose la fille au chaperon.

Mue par l’intuition, Maelys se dirige de nouveau vers le bureau, à la recherche de la montre à gousset aperçue un peu plus tôt.

– Ça a peut-être un rapport avec la montre !

Elle retourne l’objet dans ses mains, à la recherche d’une inscription, d’un quelconque code, mais n’y trouve rien que des ornements aux motifs végétaux.

« À moins que… les chiffres romains… », pense-t-elle soudain. La montre semble ne plus fonctionner depuis belle lurette. La jeune fille s’intéresse aux chiffres sur lesquels les aiguilles se sont arrêtées : XI pour la petite, V pour la grande. La montre s’est figée pour l’éternité à 11h25.

– Essaie le code 1125, intime-t-elle à Sylvain qui porte toujours le petit coffre dans les mains.

Il obtempère et fait tourner les chiffres de la serrure à code, jusqu’à indiquer 1125. Rien ne se produit.

– Mauvaise pioche, Dora, dit-il. Ce n’est pas le bon code.

Tandis que la déception se lit sur le visage de l’ado, le Chaperon regarde à son tour la montre par-dessus son épaule.

– Ça pourrait aussi être 23h25. Essaie 2325.

Alors que les chiffres s’alignent à nouveau, un déclic se fait entendre. La boîte s’ouvre enfin, faisant battre le cœur des cinq adolescents. À l’intérieur, une clé ancienne, à demi mangée par la rouille. Tous se regardent, une lueur d’espoir dans le regard. Sylvain s’en saisit et s’approche de la porte en bois qui les sépare de la liberté. À l’exact moment où il s’apprête à la glisser dans la serrure, un grognement se fait entendre derrière le battant. La bête.

Alors qu’il réfléchit à toute vitesse à une solution, les premiers rayons du jour apparaissent sous la porte et avec eux, le crissement caractéristique du pas de la porte qui se plaint du retour du vieillard.

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