Nuits d’octobre – partie 1

Bon, j’ai encore loupé le coche pour l’agenda ironique de ce mois-ci, orchestré par Laurence Délis sur le thème « Nuits d’octobre » mais je vous propose tout de même un feuilleton « hors-jeu » (qui n’est autre que la suite de « Mission Chaperon » – parties 1, 2 et 3 – mon feuilleton hors-jeu de l’agenda ironique de septembre) car en cette approche d’Halloween, j’avais bien envie de continuer à vous faire frissonner dans vos chaumières (enfin, j’espère que c’est assez frissonnant ?).

 

— Hé, vous avez entendu ça ?

Les 3 garçons, épuisés par le froid et la faim, lèvent mollement la tête vers la brunette à frange qui s’agite près de la porte verrouillée. Lucas, le plus petit en taille et le plus énergique d’entre eux lui jette un regard interrogateur.

— J’ai entendu du bruit dehors…

— Le vieux qui rentre ? suppose Jordan, tirant sur lui sa veste kaki aux motifs militaires pour tenter de vaincre le froid qui règne dans la pièce et le fait frissonner en cette première nuit d’octobre.

— Non, non… Je crois que la bête a grogné… C’est pas le vieux je te dis.

Tous tendent l’oreille mais rien d’anormal ne leur parvient si ce n’est le hululement devenu habituel de la chouette qui a élu domicile dans le sapin d’en face.

— T’as dû rêver, Dora. Personne ne connaît cet endroit et qui serait assez fou pour s’y rendre en pleine nuit ? Maintenant arrête de gesticuler et rendors-toi.

La voix grave et sans appel du plus vieux du groupe, Sylvain, lui aussi vêtu d’une tenue de camouflage, incite l’adolescente à se rasseoir au sol. Des larmes commencent à couler le long de son visage, dans l’intimité de son coin d’obscurité près de la bibliothèque aux vieux bouquins poussiéreux qui occupe un mur de la petite pièce. Alors que les garçons commencent à se rendormir, un reniflement annonce le début d’un discours gémissant.

— J’ai cru que… qu’ils nous avaient enfin retrouvés… Je n’en peux plus de rester ici à attendre ! Il faut qu’on trouve le moyen de sortir…

— Comme si on n’avait pas déjà essayé… grommelle Jordan d’une voix éreintée. Sans fenêtre et avec une porte verrouillée… je t’écoute : comment on fait Sherlock Holmes ?

— Je sais pas, les évasions c’est un truc de mecs : défoncez la porte ou trafiquez la serrure avant qu’il ne revienne !

Lucas la regarde d’un air moqueur :

— On a déjà tenté l’autre nuit… Mais tu sais dans la vie, c’est pas comme dans les films d’action ! En vrai, quand t’as perdu tes clés, t’appelles un serrurier… Personne ne sait vraiment défoncer les portes ou crocheter les serrures.

— Oui mais là c’est une question de vie ou de mort. Il va bien falloir.

Sylvain se lève.

— Question de vie ou de mort ? Je pense pas que le vieux nous fera du mal.

Aucun des quatre jeunes n’a plus envie de dormir à présent. Le débat semble amorcé.

— Qu’est-ce que tu en sais ? Ce taré nous a bien enfermés, réplique Jordan.

— Il nous aurait zigouillés dès le premier jour.

La jeune fille désapprouve d’un mouvement de tête.

— On sait rien de ce type, hormis qu’il habite là avec une sorte de chien – ou est-ce que ce serait un loup ? – et qu’il disparaît toutes les nuits… Et puis sa façon de nous observer et nous surveiller à travers le trou de la serrure toute la journée… Franchement, je ne vois pas ce qu’il te faut pour avoir peur…

— Ouais bah en tout cas, c’est clair que plus tôt on sera délivrés, mieux ce sera. Ça fait des jours qu’on est là et j’en peux plus de ses poêlées de champignons, déclare Lucas. J’ai tellement envie d’un McDo. Et de m’en griller une.

Tous le regardent avec consternation, mais pas pour les mêmes raisons.

— Arrête de me faire baver, souffle Jordan, affamé.

— C’est tout ce qui vous manque : la bouffe ? Et même pas vos familles ? s’indigne Maelys, surnommée Dora par ses compagnons de fortune, en référence à la brunette Dora l’exploratrice, dont elle semble tenir son inépuisable énergie et sa voix aiguë.

— Et les jeux vidéos, complète Lucas. Je ne me suis jamais autant emmerdé de toute ma vie.

Dans le noir, Maelys lève les yeux au ciel. « Pourtant, ce ne sont pas les livres qui manquent ici », pense-t-elle. Mais il fait si sombre, malgré le rai de lumière qui passe sous la porte, créé par le feu qui rougeoie dans l’âtre de la pièce principale, qu’elle serait bien en peine de lire une ligne. Quand le jour est de retour, malheureusement, ce n’est pas le moment de faire les curieux : le vieux les a à l’œil à longueur de journée et n’a vraiment pas l’air commode…

À tâtons, Maelys se déplace dans la pièce, malgré les soupirs de ses camarades fatigués de la voir s’agiter sans cesse. Ses doigts rencontrent quelque chose de dur et anguleux : ce doit être le bureau.

— Aïe ! Tu me marches sur le pied !

— Pardon Jordan… pas fait exprès.

Œillade noire… dans le noir.

— Moi c’est Lucas…

Malgré ces quelques jours de cohabitation forcée – d’après les calculs de Maelys, dix jours se sont écoulés depuis son arrivée – elle ne sait pas encore très bien reconnaître leurs voix. Après tout, c’est déjà un miracle qu’elle ait retenu leurs prénoms. Car bien qu’originaires de la même ville, ils ne s’étaient encore jamais rencontrés jusqu’à présent – sauf Jordan et Sylvain, amis depuis toujours.

Maelys prend son courage à deux mains et ouvre un premier tiroir, dans un bruit d’enfer. Le bois doit être enflé, ça coince un peu.

— Mais qu’est-ce qu’elle trafique encore ? souffle Jordan.

Comme si de rien n’était, la jeune fille reprend son exploration tactile. Elle s’imagine qu’elle est aveugle et doit reconnaître les objets par le seul sens du toucher. Verdict : du papier, beaucoup de papier, des petites fioles ou des tubes en verre… Et soudain, sous ses doigts, un cylindre de matière… cireuse. Un cierge !

— Lucas… tu aurais un briquet ?

Bruit de remue-ménage à sa droite.

— Rassure-moi, tu ne comptes pas mettre le feu à la baraque, hein ?

— Non, non… j’ai trouvé une bougie.

Dans le noir, une main lui tend le précieux objet.

Après quelques cric cric, la lumière se fait, enfin. À la lumière de la flamme vascillante, la pièce est encore plus effrayante. Le vieux bureau et la bibliothèque en bois sombre sont recouverts d’objets tous plus étranges les uns que les autres : des crânes d’animaux morts dans des bocaux, des insectes sous verre, de vieux livres aux pages jaunies et recouvertes de pattes de mouches, les faisant ressembler à des grimoires d’un autre temps, des plumes d’oiseaux… et au mur, de vieilles peintures à l’huile représentant la forêt environnante, accompagnées de gravures effrayantes de la Grande Faucheuse…

« Je peux enfin inspecter cette pièce sans que le vieux le sache. Peut-être que je vais pouvoir en savoir plus sur la raison de notre présence ici… », pense Maelys. Les garçons, devenus curieux, se lèvent à leur tour.

— Qu’est-ce que c’est que ça ? interroge Sylvain en prenant en main une fiole posée sur le bureau et contenant un liquide brun rougeâtre des plus douteux.

Tous se regroupent autour du doyen de la bande pour regarder l’objet par-dessus son épaule. La vieille étiquette n’est pas d’une grande aide : impossible de déchiffrer ce qu’on y a inscrit à la main à l’encre noire.

— Beurk, j’espère que ce n’est pas du sang… murmure Maelys, avant de reprendre son exploration aux quatre coins de ce cabinet de curiosités des plus effrayants.

Les quatre ados, grisés par le fait de pouvoir enfin scruter leur cellule en paix, ne savent plus où regarder en premier. Maelys observe sur les étagères de la bibliothèque les crucifix et les squelettes sculptés côtoyer d’énormes volumes anciens. Ses doigts s’attardent sur la reliure de l’un deux, dont le titre se détache en lettres dorées : Guide de la France mystérieuse. Alors qu’elle s’apprête à s’en saisir pour le feuilleter, un grincement se fait entendre de l’autre côté de la porte verrouillée.

Le vieux !

À la va-vite, Maelys éteint la bougie en tremblant et la cache dans la poche de son sweat, tandis que les garçons reprennent le plus silencieusement possible leur place sur le sol.

Alors, le grincement de la porte d’entrée qui se referme et le grognement de la bête parviennent à leurs oreilles, bientôt suivis par un cri à glacer le sang…

 

 

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