40 hours – chapitre 5

Alexandre fut réveillé en sursaut par un curieux bruit. Était-ce Maria ? Les yeux grands ouverts, il guettait désormais la fenêtre, d’où il semblait venir. Rien.

Quelques minutes plus tôt, Maria était descendue, tout comme la veille, chercher le petit déjeuner. Elle avait convenu en riant que si la neige avait enfin fondu et qu’il était possible de se faire la malle, elle l’avertirait en lançant un caillou contre le carreau. Mais un caillou était bien trop petit pour produire un tel bruit. Cela dit, elle était descendue depuis un bon moment maintenant et il avait même eu le temps de se rendormir. Que faisait-elle ?

Alors qu’il se levait pour s’approcher de la fenêtre, une branche s’y écrasa et le fit de nouveau sursauter. En contrebas, la secrétaire en tailleur blanc lui faisait de grands signes. La blancheur du vêtement contrastait maintenant avec la couleur maronnasse de la neige qui était en train de fondre sur la pluie qui tombait à torrent.

L’ingénieur d’ordinaire si stoïque descendit quatre à quatre les escaliers pour rejoindre joyeusement sa jolie collègue qui fêtait dehors leur délivrance en dansant dans la gadoue. Il courut vers elle en riant.

– Pourquoi tu as lancé une branche ?

– Bah… je n’ai pas trouvé de caillou !

Le déluge de pluie précipita les événements. Tous deux avaient les cheveux plaqués sur le crâne et des gouttes leur dégoulinaient le long du dos lorsqu’ils se firent de petits signes en rejoignant à la hâte chacun leur véhicule. Maria s’empressa de monter dans son vieux break pour tenter de mettre les voiles. Mais alors que l’Audi de Alexandre vrombissait déjà, la vieille Peugeot ne parvint à émettre que de brefs crachotements.

Arrivé à la hauteur du break fumant, Alexandre baissa la vitre.

– Je t’emmène ?

La jolie secrétaire ne se fit pas prier et alors qu’ils repartaient prudemment sur la route humide, tout en adressant un furtif coup de klaxon victorieux à leurs compagnons de fortune encore endormis, ils contemplèrent le gigantesque arc-en-ciel qui décorait l’horizon et emplissait le pare-brise d’une lumière étrange. Mais plus rien ne les étonnait vraiment après les 40 heures très spéciales qu’ils venaient de passer tous ensemble au sein de cette espèce « d’Arche de Noé ». Inconsciemment, ils tentaient d’en dresser intérieurement le bilan. La même pensée fugace s’imposa à leur esprit, alors qu’ils s’échangeaient un sourire en coin : impossible pour l’heure de savoir si cette curieuse expérience changerait la face du monde et marquerait un renouveau singulier de leur vie professionnelle. Mais qui sait, du côté de leur vie perso, peut-être auraient-ils enfin l’occasion de contribuer eux aussi au repeuplement de la planète…

FIN

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