Hunger Games et romans Young Adults

Aujourd’hui, je vous révèle les ingrédients du succès de la saga Hunger Games !

Pour ceux qui auraient loupé un wagon, je vous rafraîchis un peu la mémoire : commencée en 2008 par Suzanne Collins, la saga se divise en 3 romans adaptés par la suite au cinéma à partir de 2012. Le succès a été au rendez-vous puisque 500 000 exemplaires ont été vendus en France rien que pour le premier tome. Vous vous souvenez, cela raconte l’histoire de Katniss Everdeen, qui, dans un futur postapocalyptique, vit dans un état divisé en 13 districts, Panem, et soumis au régime totalitaire du Capitole. Suite à une rébellion 75 ans plus tôt, Panem organise depuis lors chaque année, les Hunger Games pour punir les districts et les garder sous sa coupe par la peur. Ces « jeux de la faim » consistent à tirer au sort 2 adolescents de chaque district, une fille et un garçon, qui seront alors condamner à participer aux plus sanglant des jeux télé. Les 24 « tributs » sont jetés dans une arène où tous n’ont qu’un but : survivre. Tous s’entretuent jusqu’à ce qu’il n’en reste plus qu’un : le gagnant…

Alors, oui, ce n’est plus la dernière saga en vogue… mais elle a marqué l’arrivée sur le marché des romans pour Young Adults (15-30 ans environ), qui marchent encore fort ces derniers temps.

Mais au final, pourquoi cette saga a-t-elle autant plu aux ados comme aux adultes ?

Les ingrédients qui plaisent aux ados

  • C’est une saga en plusieurs volumes, et comme pour ses camarades Harry Potter ou Twilight, on a hâte de voir comment va évoluer l’univers et les personnages…
  • Les livres sont ce que l’on appelle des « page-turner », c’est-à-dire une histoire addictive, que l’on ne peut plus s’arrêter de lire !
  • Le style est à la portée de tous. Pas de blabla inutile ni de mots compliqués, le mot d’ordre : de l’action !
  • Les héros sont des adolescents (16 ans environ) : ben oui, pour plaire à des ados, il faut qu’ils puissent se reconnaître dans les personnages. Élémentaire, mon cher Watson !
  • La narration est à la 1re personne du singulier, ce qui est parfait pour que le lecteur soit proche du héros (ici de l’héroïne) et s’identifier à sa quête identitaire (Katniss ne sait pas qui elle est, qui elle aime…).
  • Il y a une histoire d’amour, mais pas cucul : eh oui, parce que les ados sont un peu fleur bleue mais pas trop quand même. Y en a marre des scénarios téléphonés pour lesquels on devine la fin dès le début. Ici, il y a un triangle amoureux qui complexifie l’affaire et fait tout l’intérêt de l’histoire « amoureuse » : jusqu’à la fin, on ne sait pas qui de Gale ou de Peeta Katniss choisira…

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  • Ce qui change par rapport aux autres romans d’ados, c’est le fait que les personnages ne soient pas stéréotypés. Katniss n’est ni le bien ni le mal incarné. Elle a aussi un rôle assez masculin étant donné qu’elle chasse et défend à la fois sa sœur Prim et Peeta. C’est un paramètre nouveau qui ne déplaît pas aux ados : finies les histoires de gamins dont on se doute déjà de la fin… Ici, le mystère reste entier.
  • On y retrouve dans l’univers de Hunger Games l’influence des contes, qui ont un côté fascinant et rassurant pour les ados. Exemples :

Katniss passe beaucoup de temps dans la forêt, lieu par excellence de la magie, de tous les possibles, mais aussi symboliquement du danger et de la quête d’identité. Panem est également une sorte de royaume dont le Capitole serait le château, le centre du pouvoir monarchique. Il y a des monstres, donc un peu de fantasy tant chérie des adolescents (et il y a d’ailleurs clairement un rappel de la mythologie avec le monstre à 3 têtes et les tributs). La répartition des districts par industrie est une vision simplifiée d’une société, procédé typique des contes. La broche en geai moqueur de Katniss est en quelque sorte un objet magique et symbolique, comme l’est par exemple l’anneau dans le Seigneur des Anneaux. Le « baiser d’amour véritable », si récurrent dans les contes et qui résout tout comme par magie, est également présent dans la saga : lorsque Katniss et Peeta s’embrassent dans l’arène, ils obtiennent tout ce qu’ils veulent (médicaments, nourriture). Et enfin, dans cette saga, comme dans les contes de fées, la violence est instructive : il y a une leçon à en tirer.

  • On retrouve également une influence du genre de la science-fiction. Exemples :

Tout d’abord : le monde post-apocalyptique, que l’on retrouve souvent dans les sagas de zombies (également en vogue). L’histoire évoque les évolutions perverses de la science comme les horribles créatures obtenues par mutations génétiques successives. Le monde de Panem (et surtout du Capitole et de l’arène) est futuriste et use de nouvelles technologies. L’arène n’est d’ailleurs qu’une sorte de monde virtuel comme dans les jeux vidéos (combat, choix des armes, ciel artificiel). Dans le film, on voit même les créateurs de l’arène travailler comme des développeurs web face à leurs écrans et créant virtuellement décors et monstres.

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Les ingrédients qui plaisent aux adultes

  • L’influence des mythes, qui fascinent parce qu’ils incarnent l’origine de nos peurs et de nos fantasmes. Ils portent sur des thèmes universels et intemporels et ils nous parlent de nous. Exemples :

Les tributs ne proviennent pas de l’imagination de l’auteur mais du mythe grec de Thésée. 7 filles et 7 garçons d’Athènes étaient livrés comme tributs au roi Minos et se perdaient dans le labyrinthe de Dédale avant d’être engloutis par le Minotaure. Le Minotaure symbolise la monstruosité humaine, tout comme les Hunger Games. Katniss et Peeta veulent détruire les Hunger Games comme Thésée voulait tuer le Minotaure. Mais Katniss et Peeta incarnent également le mythe des « amants maudits », comme Roméo et Juliette ou encore Tristan et Yseult. Leur amour est impossible : leur histoire est donc d’autant plus fascinante et intéressante. On retrouve également Castor et Pollux : comme dans le mythe, ils sont jumeaux et Castor meurt tandis que Pollux survit.

  • Il y a dans l’histoire un parallèle avec l’actualité et notre société d’aujourd’hui, ce qui conduit à une sorte de satire. Exemples :

La saga nous parle d’évolution de la technologie, ce qui peut évidemment avoir des côtés négatifs parce que cela donne trop de pouvoir. Les Hunger Games, c’est aussi une critique dissimulée de la télé réalité et ses mauvais côtés : humiliation, perversité, curiosité morbide, manipulation, transformation de la réalité… Les gens prennent parfois plaisir à regarder des choses violentes à la télé.  De même, les tributs jouent un rôle pour les Hunger Games et parfois confondent réalité et « fiction » : Katniss ne sait plus si elle embrasse Peeta pour plaire aux spectateurs et avoir plus de sponsors ou parce qu’elle l’aime. On retrouve une sorte de parallèle avec la télé réalité « Koh-Lanta » (en anglais Survivor) : il faut aussi survivre dans la jungle, se faire des alliés, élaborer des stratégies, éliminer les autres jusqu’à être le dernier, gagner des objets de « confort » ou de la nourriture. D’ailleurs, le thème de la télé réalité menant à la mort est un thème qui fascine les lecteurs et qui a déjà été utilisé dans d’autres fictions (Le prix du danger de Sheckley, Battle Royale de Takami, The Running Man de Stephan King etc.). D’autre part, la violence est une source de plaisir de nos jours, comme par exemple le prouve le succès du jeu vidéo GTA San Andreas, qui consiste à tuer, détruire, nuire. Il y a un parallèle entre Panem et la Rome ancienne. Les tributs ne sont finalement que des gladiateurs dans une arène. En plus, Panem vient du latin « Panem et circenses » (du pain et des jeux !)

  • La satire politique est également présente. Exemples :

On y critique la dictature (toujours présente dans le monde). La répartition de l’état en districts par industrie n’est pas sans rappeler l’organisation de l’URSS, qui d’ailleurs usait aussi de propagande, comme le Capitole. Il y a une critique du déterminisme social, c’est-à-dire la dénonciation des inégalités sociales : dans les Hunger Games, les tributs du district 1 ou 2 ont plus de chances de survivre (ils sont d’ailleurs toujours vainqueurs ou presque) car ils sont entraînés dès leur enfance : cela rappelle les élèves de bonne famille qui ont plus de chances de faire des grandes études et de réussir dans la vie que les élèves issus de familles modestes.

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Ce qu’il faut retenir

Hunger Games est donc une saga représentative et caractéristique de l’évolution de la littérature pour les adolescents. C’est une nouvelle cible qui émerge : les « Young Adults », c’est-à-dire des lecteurs de 15 à 30 ans environ. Depuis Harry Potter et Twilight effectivement, la littérature « jeunesse » a changé : on y retrouve des ingrédients plus « matures » de littérature adulte : dystopie, science-fiction, personnages complexes (ni bisounours ni super méchants), des histoires d’amour pas gnangnan, et surtout : plus de tabous (sexe, drogue, mort…) ! Mais ce qui fait également le secret de ce nouveau genre de romans, c’est leur fraîcheur et leur relative simplicité d’accès (vocabulaire simple, chapitre courts…), et c’est aussi pour cela que les « adultes » aiment ces romans : tout en étant complexes et intéressants, ils ne sont pas pour autant ennuyeux ou déprimants. C’est donc une toute nouvelle cible pour les éditeurs, à laquelle ils consacrent désormais des collections entières (exemple : collection Black Moon chez Hachette).

Si vous voulez donc vous lancer dans l’écriture d’un roman pour Young Adults, vous avez donc tout intérêt à traiter des thèmes profonds interrogeant aussi bien la société actuelle que des problématiques adolescentes mais universelles (quête de l’identité, amour, mort…) et à créer à la fois des personnages non stéréotypés et un univers complexe et original à la fois (avec un soupçon de fantasy si possible). Le tout, dans un style limpide et axé sur l’action !

Alors, ça vous donne envie de vous lancer ?

 

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Une réflexion sur “Hunger Games et romans Young Adults

  1. Waho !
    Effectivement, en lisant les quelques informations que tu laisses dans ton article, je comprends mieux pourquoi cette saga avait (et a toujours) un tel succès !

    Cela dit; je ne me sens pas tout à fait prête pour me lancer dans une saga ! Déjà faire 1 roman à la fois, c’est pas mal ! (dixit la nana qui dévorerait toutes les semaines sa saga Harry Potter si elle le pouvait, mais y a d’autres bouquins à lire aussi ha ha)

    J'aime

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